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Voir.ca, 27 avril 2011
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Antoine Léveillée |
Wagner: Die Walküre, Metropolitan Opera, 22. April 2011
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La Walkyrie: un pacte avec la machine
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Est-ce le produit du metteur en scène Robert Lepage ou celui de Peter Gelb?
Ce dernier semble avoir pris les rênes du Metropolitan Opera avec panache et
n'a pas peur d'enfourcher le cheval d'une walkyrie pour imposer sa volonté
artistique à titre de directeur général du prestigieux établissement
new-yorkais. Le Met doit se rajeunir et attirer un nouveau public, c'est
impératif afin d'assurer sa pérennité.
Ainsi donc, la nouvelle
production de L'Anneau du Nibelung du compositeur Richard Wagner - composé
d'un prologue opératique intitulé L'Or du Rhin et de trois opéras: La
Walkyrie, Siegfried et Le Crépuscule des dieux - est devenue un défi
technologique, conceptualisé par le scénographe Carl Fillion d'Ex Machina et
représenté par une structure de plus de 40 tonnes: 24 paliers amovibles
fixés sur un arbre central supporté par deux colonnes latérales afin de le
déplacer de haut en bas.
En assistant à la première de La Walkyrie au
Metropolitan Opera à New York le 22 avril dernier, on pouvait constater que
le vrai test avait lieu pour cette entreprise qui a débuté avec la
présentation de L'Or du Rhin l'automne dernier. Place maintenant au premier
chapitre de la tétralogie, qui est caractérisé par Wotan, Brünnhilde (la
walkyrie en question) et les jumeaux Siegmund et Sieglinde, les principaux
personnages.
Ce nouveau cadre scénique est imposant et les
projections vidéo qui habillent les 24 paliers déterminent effectivement une
nouvelle avenue pour l'opéra. Toutefois, le décor que cette structure
confère à la scène lui donne parfois un aspect dépouillé et symbolique.
Ainsi, cette forêt qui ouvre le premier acte et enveloppe l'affrontement
entre Hunding et Siegmund au deuxième est représentée par 24 troncs droits
et perchés vers le ciel, revêtus par une écorce virtuelle. La demeure de
Hunding (interprété par l'excellente basse Hans-Peter König), elle, se
limite au toit: une quinzaine de troncs surélevés à l'horizontale.
C'est lorsque qu'apparaît Wotan au deuxième acte que la "machine" s'offre en
spectacle pour la première fois. Une montagne se dévoile et celle-ci se
décline ensuite en escalier, offrant deux perspectives différentes. Au
sommet, le baryton Bryn Terfel (Wotan) invoque Brünnhilde, que la soprano
Deborah Voigt interprétait pour la première fois. Celle-ci, au pied de la
structure, apparaît et lui répond avec le célèbre "Ho-jo-to-ho", pose le
pied sur la première marche, et trébuche au sol... Elle se releva à la
seconde, jouant la jeune écervelée qui fait fi du décorum en face de son
dieu de père. Une chance.
Voilà peut-être ce qui caractérise les
limites de cette production faste: les interprètes peinent à l'apprivoiser.
Lorsque cette "machine" se met en mouvement pour prendre la forme voulue,
les paliers restent instables et donnent du fil à retordre aux interprètes.
Bryn Terfel est sans doute celui qui tente le mieux d'en faire abstraction,
lance à la main en guise d'appui. Mais Voigt fut mise à l'épreuve. Son
acharnement, lors de cette première, fut épatant, une battante.
Le
troisième et dernier acte nous réservait la surprise de cette mise en scène
signée Robert Lepage. La chevauchée des walkyries avait tout pour nous
réconcilier avec un deuxième acte parfois statique (ponctué d'un gigantesque
œil central lors de la plaidoirie de Wotan), mais qui nous avait
dévoilé le talent du ténor Josef Kaufmann sous les traits de Siegmund.
Le rideau se lève et huit piliers sont alors devenus des têtes de chevaux,
bougeant de haut en bas pour accompagner la célèbre musique dirigée par le
chef d'orchestre James Levine. Huit walkyries y étaient perchées, brides à
la main. Brünnhilde suivit (avec Sieglinde en croupe) sur deux piliers
centraux en mouvement et les 22 autres en guise d'ailes. Un tableau
percutant.
Tout comme celui du rocher enflammé, toujours au troisième
acte, où Brünnhilde se retrouve, condamnée par Wotan pour l'avoir trahi. La
doublure de Deborah Voigt est alors disposée, tête vers le bas, en face de
nous en hauteur sur deux troncs, les autres en mouvement avec le feu en
guise de projection visuelle pour les revêtir. La conclusion créera l'émoi
dans la salle.
Notons que cette première a consacré le talent du chef
d'orchestre James Levine, applaudi à tout rompre. La mezzo-soprano Stephanie
Blythe (qui interpréta la déesse Fricka bien assise sur un trône qui
surplombait la scène) eut droit au même traitement. Plus difficile pour
Terfel et Voigt, toutefois appréciés par le public (tout comme Robert
Lepage), qui semblaient importunés par une mise en place de fortune lors de
cette production de plus de cinq heures. Pas de chance pour la soprano
Eva-Maria Westbroek (Sieglinde) qui a dû quitter la scène au deuxième acte
et fut remplacée par Margaret Jane Wray.
Le spectacle est bel et bien
au rendez-vous, seul l'opéra et Wagner en souffrent par moments. Mais
parions qu'avec le temps cette production finira par s'imposer. Pas le
choix, le Met doit avoir raison.
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